Les stages écologiques font plus évoluer les futurs ingénieurs que les cours
Selon la doctorante Rania Chougui, les dispositifs les plus suivis par les futurs ingénieurs sont ceux qui changent le moins leur vision du métier.
En bref
- Les stages orientés transition écologique obtiennent 3,9 sur 5, contre 2,7 pour les cours théoriques.
- Seuls 13 % des étudiants ont réalisé un tel stage.
- Plus de la moitié des étudiants ressentent une tension entre leurs valeurs et le métier d’ingénieur.
Ce sont les stages tournés vers la transition écologique, et non les cours, qui bousculent le plus la vision du métier des futurs ingénieurs. Le constat vient de la thèse de Rania Chougui, dont les premiers résultats figurent dans un entretien accordé à L’Étudiant.
Une doctorante et l’identité des futurs ingénieurs
Rania Chougui a 25 ans. Elle prépare à l’université de Lille un doctorat relevant des sciences de l’éducation et de la formation. Son travail examine la manière dont les étudiants des écoles d’ingénieurs bâtissent leur identité professionnelle face aux transitions socio-écologiques.
Pourquoi pousse-t-on la porte d’une école d’ingénieurs ? L’intérêt pour les sciences, la facilité dans les matières scientifiques, les débouchés et le niveau de rémunération attendu figurent parmi les raisons principales. Un étudiant sur trois mentionne en plus un intérêt pour les questions de société ou d’environnement. Certains affirment même que le discours de leur école sur les transitions les a attirés.
Cours, ateliers, stages : ce qui compte vraiment
La chercheuse relève un classement à rebours de l’intuition. Selon elle, « les dispositifs les plus répandus sont les moins transformateurs, et les dispositifs les plus transformateurs sont les moins accessibles. »

| Dispositif | Étudiants concernés | Impact moyen |
|---|---|---|
| Cours théoriques sur le développement durable | 85 % | 2,7 sur 5 |
| Ateliers de sensibilisation (Fresque du Climat) | 83 % | 2,6 sur 5 |
| Stages orientés transition écologique | 13 % | 3,9 sur 5 |
Le stage écologique est le dispositif qui pèse le plus lourd. Parmi les étudiants qui en ont réalisé un, 68 % indiquent qu’il a ébranlé leur façon d’envisager la profession.
Une conviction large, un engagement encore rare
L’adhésion est massive, mais elle débouche rarement sur une posture d’acteur. Le contraste tient en trois chiffres.
Plus de la moitié des étudiants interrogés éprouvent par ailleurs une tension entre leurs valeurs personnelles et le métier d’ingénieur tel qu’il s’exerce aujourd’hui. L’école met en avant la responsabilité et la durabilité, alors que l’entreprise valorise d’abord la rentabilité et la performance. Une étudiante citée par Rania Chougui résume : « À l’école, on nous pousse à réfléchir à l’environnement, mais en entreprise, la priorité reste la rentabilité. J’ai l’impression d’habiter deux mondes qui ne se parlent pas. »
« Ce décalage est révélateur : la formation donne des valeurs, mais pas forcément les outils pour les tenir face aux contraintes réelles de l’entreprise »
Rania Chougui, doctorante en sciences de l’éducation et de la formation à l’université de Lille
Face à cette tension, certains étudiants s’adaptent et mettent entre parenthèses leurs convictions le temps de leur journée de travail, rapporte la doctorante. Elle précise que sa recherche vise à comprendre l’écart entre partager des valeurs et construire une identité professionnelle cohérente avec elles.
Pourquoi les cours convainquent moins
D’après la doctorante, plusieurs facteurs se combinent pour expliquer la portée limitée des enseignements actuels :
- des contenus souvent très théoriques, sans ancrage dans la pratique professionnelle, si bien que les étudiants peinent à voir en quoi cela changera leur quotidien d’ingénieur ;
- un ton uniquement pessimiste, voire culpabilisant, qui présente les ingénieurs comme les grands responsables de la crise écologique et suscite du rejet plutôt que de l’engagement ;
- le sentiment, chez certains étudiants, d’un « greenwashing » pédagogique : ces cours serviraient à verdir une maquette sans transformer la formation.
Pour qui s’intéresse aux débouchés, les métiers de l’écologie en expansion offrent un autre point d’entrée.
Photo : Zen Chung / Pexels
