Des enseignants stagiaires défilent avec les lycéens, sans risquer leur titularisation
Un millier de futurs enseignants ont signé un texte de soutien aux lycéens. Plusieurs stagiaires racontent ce qu’ils observent au quotidien dans leurs classes.
En bref
- Un millier de futurs enseignants ont publié une tribune sur Médiapart le 31 octobre pour soutenir les lycéens.
- Les stagiaires interrogés décrivent des emplois du temps étirés, des classes chargées et peu de personnel de santé.
- Pour protéger leur titularisation, beaucoup défilent le week-end plutôt que de faire grève.
Les jeunes professeurs stagiaires, au contact quotidien de leurs élèves, s’engagent à leur tour dans la mobilisation lycéenne, comme le rapporte L’Étudiant. Leur démarche reste prudente, car leur année de stage conditionne leur avenir dans le métier.
Une tribune pour soutenir les lycéens
Le 31 octobre, un millier de futurs enseignants ont publié une tribune sur Médiapart. Ils y affirment leur soutien aux lycéens mobilisés et jugent « inadaptée et infantilisante » la réponse du gouvernement au mouvement de la jeunesse.
Marie, enseignante stagiaire dans une cité scolaire parisienne et étudiante en M2E, regrette le mépris renvoyé aux lycéens ces dernières semaines. « Leurs revendications sont légitimes », assure-t-elle. Elle ajoute : « On ne les écoute pas parce que ce sont des enfants, alors qu’il y a de vraies choses derrière ». À ses yeux, la présence d’adultes crédibilise aussi la cause, même si, dit-elle, cela ne devrait pas être nécessaire.
Des journées de lycée qui s’étirent
Les stagiaires disent comprendre leurs élèves quand ceux-ci parlent d’emplois du temps. Emma, qui enseigne le français à mi-temps dans un lycée du nord de la France, explique que l’introduction des spécialités « a rendu l’organisation des emplois du temps très compliquée ». Elle décrit des journées très longues, avec de gros blocs de spécialités l’après-midi.
Jeanne, stagiaire de SVT dans un lycée parisien, cite le cas d’élèves qui commencent à 8 h 30, ont une heure de cours, attendent longuement, puis restent pour le tronc commun d’enseignement scientifique en fin de journée. Kafou, stagiaire en M2, admet que beaucoup d’élèves dorment en classe.
La pression pèse aussi sur le choix d’orientation. Emma raconte qu’une élève de 2de s’est effondrée en larmes à la mi-septembre, car ses parents la pressaient de choisir une spécialité. Les élèves ont pourtant jusqu’à la fin de l’année pour trancher. Jeanne, qui a fait partie de la première génération à passer le bac nouvelle formule, comprend cette tension autour des notes. Elle s’est sentie un peu « hypocrite » au début des revendications, puisqu’elle participe, par ses évaluations et ses exposés, au système qu’elle critique.

Ce que les stagiaires constatent dans leurs établissements
Chacun apporte un constat tiré de sa classe.
| Stagiaire | Ce qu’il ou elle observe |
|---|---|
| Kafou, collège de Saint-Denis (93) | Des fenêtres qui tombent et des sanitaires inutilisables, que les élèves évitent en demandant à sortir pendant les cours |
| Claire, SVT en 4e et 3e | Des classes surchargées et des TP à 30 élèves |
| Beaucoup de stagiaires | Des absences de professeurs difficiles à remplacer depuis le début de l’année |
| Claire, son collège | Une seule infirmière pour 1.200 élèves |
| Kafou, son collège | Aucun AESH croisé depuis son arrivée, une seule pour tout l’établissement selon lui |
« Les classes sont surchargées », résume Claire. Elle explique qu’en TP, montrer l’usage d’un microscope est impossible quand un seul élève sur trois peut pratiquer. Elle précise que, dans son collège, l’infirmière n’est pas toujours présente, alors que de nombreux élèves sont diabétiques, épileptiques ou atteints de maladies chroniques.
Tous les enseignants interrogés déplorent le manque d’AESH et de personnel de santé. Les signataires de la tribune jugent d’ailleurs l’inclusion « de façade ». Kafou, en première année, dit devoir préparer des activités en double, voire en triple.
Manifester sans risquer sa titularisation
Afficher son soutien est délicat en pleine année de titularisation. Marie le formule ainsi : « Il ne faut pas que je me fasse repérer par la direction ou l’Éducation nationale car c’est eux qui décideront si je peux devenir enseignante à la fin de l’année ». Elle craint d’être pénalisée si elle manque un cours.
Pour rester discrets, beaucoup de stagiaires rejoignent les cortèges le week-end. Claire a marché à Paris le 31 octobre, mais a choisi de ne pas faire grève. Kafou, lui, sort manifester tous les samedis malgré la pression qu’il dit ressentir.
Il confie aussi que, face aux établissements mis à l’écart, il commence à s’interroger sur sa vocation, lui qui avait choisi Saint-Denis pour « changer les choses ». Il préfère penser à ses anciens professeurs de SVT, qui parvenaient à susciter l’intérêt avec les moyens dont ils disposaient.
Photo : michelle guimarães / Pexels
