Embauches des 21-29 ans en baisse de 28 % dans les métiers les plus exposés à l’IA
Product manager, grande banque ou recherche sur les LLM : trois jeunes issus des maths et de l’informatique racontent comment ils ont ajusté leur parcours.
En bref
- Selon L’Étudiant, l’IA a grippé le marché de l’emploi en informatique.
- Un jeune développeur a enchaîné environ 70 entretiens avant de se réorienter.
- Trois profils, trois réponses : métier plus humain, grande entreprise, recherche sur l’IA.
Face à une IA qui absorbe une partie du travail des développeurs débutants, les jeunes diplômés en maths et en informatique choisissent trois directions : un métier plus relationnel, une grande entreprise prudente avec ces outils, ou la recherche sur l’IA elle-même. C’est ce que montre l’enquête de L’Étudiant, qui décrit un marché de l’informatique grippé par l’essor de l’intelligence artificielle.
Un marché qui se referme sur les débutants
Les tâches que les entreprises confient d’ordinaire aux développeurs juniors sont, d’après l’article, celles que l’IA réalise plus vite et à moindre coût. Pour beaucoup de jeunes sortis d’école au moment de son arrivée, l’outil s’est appris sur le tas, et la vision du marché transmise par leur formation est vite devenue obsolète.
Warren, des 70 entretiens à la gestion de produit
Warren, 33 ans, a touché à de nombreux métiers (arts plastiques, histoire-géographie, professeur d’anglais, baby-sitter, barman) avant de reprendre ses études en 2017. « Je me suis lancé dans une carrière de développeur informatique car il y avait plein de travail à la clé », se souvient-il.
Diplômé en 2022 d’une école du numérique, il trouve très vite un poste. Six mois plus tard, selon lui, 20 % des employés sont licenciés après l’éclatement de la bulle Covid. Suivent environ 70 entretiens et une vingtaine de tests techniques en un an. Les employeurs invoquaient son manque d’expérience, alors que, sur LinkedIn, les offres du secteur exigeaient au moins cinq ans d’ancienneté.
Dans sa promotion, seuls 2 amis sur 7 sont encore développeurs, en freelance. Arrivé au bout de son indemnisation chômage, Warren est devenu product manager : « C’est un métier très humain, où on rencontre beaucoup de gens et qui nécessite un bon relationnel. Typiquement ce que l’IA ne peut pas faire, en tout cas pour l’instant. »
Les grandes entreprises, Pierre et le code à la main
Certains diplômés visent les grandes entreprises, souvent plus réticentes à un usage massif de l’IA pour des raisons de sécurité. Pierre, 28 ans, lead developper dans une grande banque française, a obtenu son poste à l’issue d’un stage. Chez lui, « on est autorisé à l’utiliser que pour un nombre très restreint de tâches, afin d’éviter que des données de clients soient collectées par les maisons mères de ces technologies ».

Il relativise aussi le gain de temps : pour un résultat très professionnel, il faut relire. Et il rappelle ce que recouvre le métier :
« Coder, c’est 20% du métier de développeur, il faut aussi échanger avec un business analyst, challenger le besoin du client, avoir une vision sur le long terme. »
Pierre, lead developper dans une grande banque française
Selon lui, les entreprises de services numériques continuent d’embaucher.
Trois stratégies côte à côte
| Profil | Choix | Raison avancée |
|---|---|---|
| Warren, 33 ans | Product manager | Métier relationnel, après la fin de son indemnisation chômage |
| Ahmed, 21 ans | Recherche appliquée sur les LLM | Crainte de voir banquier ou trader remplacés par l’IA |
Ahmed, en master 1 de Mathématiques Jacques-Hadamard à l’ENS Paris-Saclay, voulait devenir banquier ou trader avant de bifurquer. Il décrit un climat déroutant : un doctorant peut découvrir, juste avant sa soutenance, qu’un autre a résolu en quelques semaines grâce à l’IA le problème étudié pendant deux ans.
Le diplôme, davantage scruté
Pierre et Ahmed anticipent que les recruteurs examineront le diplôme de plus près, faute de pouvoir départager des candidats dont les compétences ont été lissées par l’IA. Ahmed dit ne pas s’inquiéter, contrairement à des amis d’écoles moins prestigieuses. Pour lui, même si l’IA a un potentiel considérable en mathématiques, « l’important n’est pas tant de trouver un résultat que de comprendre le chemin pour y arriver ».
Ces parcours restent des témoignages individuels : ils illustrent des pistes, sans valoir garantie d’embauche. Pour élargir la réflexion, on peut lire aussi comment l’emploi cohabite avec l’intelligence artificielle.
Photo : Christina Morillo / Pexels
